Se rendre au contenu

RSE et Stoïcisme : ce qu'Épictète nous apprend sur la gestion de crise.

Le Stoïcisme vu par le dirigeant
7 janvier 2026 par
RSE et Stoïcisme : ce qu'Épictète nous apprend sur la gestion de crise.
Transition, Lucie LINXE

Dans notre dernier article, nous avons observé un paradoxe : alors que le discours ambiant suggère une "pause" réglementaire, des milliers de PME accélèrent leur démarche RSE par pur pragmatisme. Elles n'attendent pas la loi pour s'adapter au réel. Cette attitude, cette capacité à agir sans dépendre des événements extérieurs, n'est pas seulement une bonne stratégie. C'est une philosophie. Une philosophie vieille de 2000 ans, mais d'une modernité saisissante : le stoïcisme.

La leçon intemporelle d'Épictète : la dichotomie du contrôle

Épictète, un esclave affranchi devenu l'un des plus grands philosophes stoïciens, a résumé l'essence de cette pensée en une règle simple, connue comme la "dichotomie du contrôle" :

"Il y a des choses qui dépendent de nous, et d'autres qui ne dépendent pas de nous."

  • Ce qui ne dépend pas de nous : L'opinion des autres, la conjoncture économique, les décisions politiques, une crise sanitaire, le climat... Tenter de les contrôler directement est une source garantie de frustration et d'épuisement.
  • Ce qui dépend de nous : Nos jugements, nos opinions, nos propres actions, les valeurs que nous choisissons de suivre. C'est notre citadelle intérieure, notre unique et véritable sphère de pouvoir.

Pour les stoïciens, de l'esclave Épictète à l'empereur Marc Aurèle, la clé de la sérénité et de l'efficacité n'est pas de plier le monde à sa volonté, mais de se concentrer sans relâche sur sa propre zone d'influence.

Le dirigeant stoïcien : de la théorie à la pratique

Appliquons ce principe au pilotage d'une entreprise en 2026.Un dirigeant peut passer ses journées à s'inquiéter de ce qu'il ne contrôle pas : l'inflation, la prochaine loi européenne, la stratégie de ses concurrents, les tensions géopolitiques...Ou alors, il peut adopter une posture stoïcienne et reporter 100% de son énergie sur ce qui dépend de lui :

  • La qualité de ses produits ou services.
  • La culture de son entreprise et le bien-être de ses équipes.
  • La relation qu'il entretient avec ses clients et ses fournisseurs.
  • La maîtrise de ses consommations et de ses déchets.
  • La transparence de sa communication.

C'est précisément ce que font les entreprises qui investissent dans la RSE. Elles appliquent, consciemment ou non, la dichotomie du contrôle. Elles choisissent de renforcer leur propre structure plutôt que de subir les vents contraires.

La RSE, une stratégie de résilience stoïcienne

Vue sous cet angle, la RSE n'est plus une liste de contraintes, mais un véritable programme de renforcement :

  • Face à la volatilité des prix de l'énergie (externe), l'entreprise investit dans l'efficacité énergétique (interne).
  • Face à l'incertitude réglementaire (externe), elle renforce la traçabilité de sa chaîne de valeur (interne).
  • Face à un marché du travail tendu (externe), elle améliore la qualité de vie au travail (interne).

Chaque action RSE est un acte de construction de sa propre résilience. L'entreprise bâtit une "citadelle intérieure" qui la rend moins vulnérable aux chocs externes. Elle ne subit plus, elle agit.Cette approche change tout. Elle transforme l'anxiété face à l'incertitude en un plan d'action clair et mobilisateur, centré sur ses propres forces.Maintenant que nous avons compris que l'entreprise doit se concentrer sur son propre système, une question se pose : quelle est la juste place de ce système économique dans le grand système du monde ? C'est ce que nous verrons avec Karl Polanyi dans notre prochain article.


C'est une excellente question, qui touche à une mauvaise interprétation courante du stoïcisme. Les stoïciens ne sont pas passifs ; ils sont hyperactifs, mais uniquement sur le bon terrain. La philosophie stoïcienne n'est pas une invitation à "subir" le monde, mais à distinguer radicalement les batailles que l'on peut gagner (celles menées contre nos propres défauts ou inefficacités) de celles qui sont perdues d'avance (tenter de changer la météo ou la conjoncture mondiale). Pour un entrepreneur, c'est l'inverse de la passivité : c'est une discipline qui canalise toute son énergie vers l'innovation, la qualité et la stratégie, là où son action a un pouvoir réel, plutôt que de la gaspiller en frustrations stériles.

Au contraire. Le stoïcisme nous invite à agir sur le monde à travers notre sphère de contrôle. Un dirigeant stoïcien ne dit pas "le changement climatique ne dépend pas de moi, donc je l'ignore". Il dit : "Le changement climatique global ne dépend pas de moi, mais les émissions de CO2 de mon entreprise, le choix de mes fournisseurs et ma politique de gestion des déchets, eux, dépendent entièrement de moi". Cette philosophie nous pousse à agir localement et concrètement sur les grands enjeux, en commençant par notre propre "territoire". C'est le chemin le plus efficace pour avoir un impact réel.


Un exercice simple et puissant consiste à prendre 15 minutes en fin de journée. Prenez une feuille et divisez-la en deux colonnes :

  • Colonne 1 : "Ce qui ne dépendait pas de moi aujourd'hui" (ex: un fournisseur en retard, une nouvelle négative aux infos, une plainte client sur un détail hors de votre contrôle).
  • Colonne 2 : "Ce qui dépendait de moi" (ex: la manière dont j'ai répondu à cette plainte, la décision que j'ai prise pour trouver une alternative au fournisseur, le temps que j'ai consacré à mes équipes). Cet exercice quotidien entraîne le cerveau à distinguer le "bruit" de sa zone de pouvoir. Il permet de prendre conscience de l'énergie perdue et de la rediriger progressivement vers des actions qui construisent la valeur et la résilience de l'entreprise.


Prenons rendez-vous




# RSE
Partager cet article
Étiquettes
RSE
Archive